Interview dirigeant

Anne Erpeldinger a créé son activité de consultante en 2009 dans les Alpes-Maritimes, pour immatriculer son entreprise individuelle à Cannes en 2011.

Elle est issue d’un parcours de 25 années dans le tourisme et l’hôtellerie, fortement marqué par différents métiers de l’hôtellerie-restauration. Après avoir réalisé en partie une carrière à l’international, elle s’établit sur la Côte-d’Azur, depuis laquelle elle intervient sur toute la France et en Espagne notamment.

Qu’est-ce qui vous a poussée à créer votre activité ?

Un concours de circonstances m’a amenée à prendre cette bonne décision. J’avais d’une part la volonté de ne plus déménager aussi fréquemment et commençais d’autre part à me lasser d’encadrer des équipes dans un environnement où la bienveillance était peu valorisée.

Ce fonctionnement finissait par manquer de sens et d’humanité, alors que mon souhait était d’être toujours proche du client et des équipes, dans une relation professionnelle structurante et épanouissante pour tous.

Quelle est votre activité principale ?

J’accompagne, forme et guide des entreprises et des organismes publics qui souhaitent obtenir une certification, accréditation ou reconnaissance officielle de leurs compétences et faire valoir l’efficacité des méthodes qu’ils appliquent.J’interviens sur plusieurs mois afin de les préparer et les accompagner jusqu’à leur autonomie et l’audit initial.

Je n’interviens ensuite qu’au cas par cas, lorsqu’ils en émettent le besoin notamment en audit interne et pour des formations.

Je suis par ailleurs auditrice pour plusieurs organismes nationaux, qui accréditent et certifient.

Pourquoi cette spécialisation à la qualité ?

Je pense qu’on ne réussit que lorsque l’on agit qualitativement, le reste me semble voué à l’échec ou très fragile. Quel que soit le poste occupé ou la tâche accomplie, développer une action qui permet à toutes les parties intéressées de gagner, est un gage de pérennité autant qu’une satisfaction partagée. C’est ce qui m’a motivée.Anne Erpeldinger

Parallèlement, une organisation efficace dans une structure qui mobilise ses ressources de façon transparente et égalitaire, donne les mêmes opportunités à tous pour réussir. Cette entreprise permet à ses équipes de fournir de façon personnalisée et standardisée, une qualité minimale qui peut être portée à un haut niveau avec des moyens adéquats.

C’est un peu abstrait, mais cela se matérialise aisément et c’est sur ce type de structuration que l’on peut développer la qualité d’un environnement professionnel autant que celle d’un service ou d’un produit fini. Au final, le client est gagnant, autant que l’investisseur ou le patron et leurs salariés.

Il n’y a pas de contradiction entre la personnalisation et la standardisation dans ce concept. En l’occurrence il s’agit de personnaliser les méthodes d’une entreprise, pour normaliser en interne la qualité de ce qui est produit. C’est donc le standard défini par l’entreprise qui devient la norme, et rien n’empêche d’être exigeant, au contraire cela rend le fonctionnement général très efficace.

Comment devient-on auditeur ?

On peut difficilement devenir auditeur sans avoir la compréhension de qui l’on vient auditer.

Auditer une entreprise ou une organisation, implique que l’on connaisse la structure même de ce type d’organisme, autant que ses contraintes et possibilités, ses objectifs, son fonctionnement, son management et comment elle produit ce qu’elle vend ou procure à ses consommateurs. Donc une bonne connaissance des rouages et des responsabilités de l’entreprise est un préalable.

Ensuite un auditeur doit faire preuve d’une grande écoute, de disponibilité et de capacité à interagir de façon positive avec l’équipe auditée. Il doit savoir mettre en évidence ce qui fonctionne et ce qui peut ou doit être amélioré, en priorisant de façon structurante et personnalisée ses conclusions. Il doit être transparent et clair dans ses propos, pédagogue et individualiser son approche aussi souvent que nécessaire.

Enfin, il doit maîtriser les normes et documents associés sur lesquels il appuiera ses investigations, constats, analyses et préconisations. En outre il ou elle dispose de qualités rédactionnelle, voire techniques, dès lors que l’adéquation à la réglementation est recherchée dans le cadre de certains audits dont l’étendue peut porter sur la compétence et les connaissances.

Avez-vous des contacts avec l’enseignement ?

Tout à fait, j’interviens régulièrement depuis 8 ans au sein d’une université du tourisme en Savoie, ainsi que dans une école d’ingénieurs locale. Je dirige à travers mon enseigne, un organisme de formation dans lequel peuvent potentiellement intervenir des professionnels indépendants en complément des formations que j’anime et construits personnellement.

Cet ensemble est une part importante de mon activité. Elle permet de me tenir à jour sur les secteurs techniques, en lien avec les jeunes générations et en veille sur les méthodes de transmission et de partage des connaissances. C’est toujours très intéressant et cela me permet de me renouveler !

Que diriez-vous aux jeunes générations qui arrivent sur le marché du travail ?

Notre pays est focalisé sur la noblesse d’un travail ou son absence d’éclat social, que d’erreurs sont commises à cause de ce postulat réducteur ! J’espère que les jeunes générations éviteront cet écueil et j’ai confiance dans leur capacité à inventer de nouvelles voies, à s’attacher à des valeurs plus essentielles, à innover au quotidien et renouveler les codes.

Pour s’insérer dans la vie professionnelle et y progresser, il me semble important d’avancer avec sagesse et réflexion, en commençant par réaliser quelques métiers manuels et peu côtés de sa profession puis en gravissant les échelons. Je leur dirai aussi qu’il n’y a aucun « sous-métier » comme il n’y a pas de « sous-personne ». Le savoir repose sur l’apprentissage, les cours, la théorie mais aussi sur la pratique et c’est ce tout qui nous construit professionnellement.

Pour les futurs managers, je les engagerai à faire preuve d’intelligence émotionnelle, chercher à comprendre au lieu de juger, être un exemple efficace plutôt qu’un dominateur transgressif comme on en voit trop souvent, détecter les bonnes solutions plutôt que s’imaginer les détenir, toujours fournir les moyens appropriés à ses collègues pour réussir et échanger régulièrement avec ses pairs et son équipe pour progresser sans s’isoler.

Enfin j’espère leur transmettre que le travail n’est pas un problème en soit, qu’on y trouve souvent d’excellents amis ou relations, que c’est une source de partage et de réalisation personnelle inestimable.

Puis leur expliquer que l’on ne retire pas uniquement des avantages de son travail et qu’il faut savoir accepter certaines tâches professionnelles répétitives ou moins exaltantes, car c’est inhérent à toute action ou tout projet.